13 juillet 2011

Lord n'est pas là alors les souris dansent. Et moi avec. En culotte rose sur le lit, je sautille, et dans l'appartement vide je me souviens de pas que mes jambes ne savent pas oublier. Et j'aime Lord, je l'aime depuis des années, cinq en décembre. Mais j'aime chaque été me séparer de lui pendant quelques semaines.

Parce que parfois, j’oublie un peu que je m'aime moi. Moi sans lui. Moi, mes idées, mes projets, mes envies, mes nuits blanches devant des mots qui me touchent. Moi et mes doigts aux ongles noirs-argentés qui ré-apprennent à tenir un stylo. Moi dans un coin du pub aux lumières tamisées, avec mes personnages qui ne demandent qu'à vivre. Moi et mes soupirs, mes ratures, mes cheveux en brouillon et les vies que je créer.

Il y a beaucoup de bijoux qui trainent partout, dans l'appartement vide. Il y a les trois chats qui dorment n'importe comment, emmêlés sur le canapé noir où s'accrochent les poils noirs, blancs, roux. Il a des boucles d'oreilles en formes d'ailes, il y a des projets. Il y a les noyaux de cerises laissés par la jolie Chloé dans un ramequin vert. Un reste de vin blanc dans la porte du frigo, offert par Agathe qui est venue regarder des films l'autre soir, elle, ses boucles rousses et son fondant au chocolat. Il y a les coups de soleil sur l'arrière des jambes, dans le pli des genoux, peau rouge grignotée par le soleil de la plage où on s'est étendues avec Andréa, pendant deux petits jours remplis de sable, de glaces et de mots.

Ce soir, il y aura Sophie à aller chercher à la gare. Pour lui éviter les trajets en bus, pour qu'on s'accorde un verre quelque part, pour raconter tous ces moments des derniers mois. Et avant elle, il y avait eu Partenaire et cette soirée qu'on avait réussit à avoir. Avec ses amis à lui, et les mots partout qui parlaient de voyages d'avant, et de ceux à venir. Mes paroles racontaient la Thaïlande, les Etats Unis, et en échange je recevais celles qui parlaient d'Australie, du Laos, de Pologne. Partenaire partait le lendemain à Londres pour six mois, et j'ai presque réussi à négocier qu'il m'accompagne à Édimbourg, dont je rêve depuis quelques temps déjà. Au retour, je lui ai demandé de me déposer juste devant chez moi. Parce que je ne pouvais pas, pas ce soir là, regarder sa voiture s'éloigner dans l'avenue vide et triste. Il n'y avait pas assez de courage dans ma poitrine, pour lui dire encore une fois "à dans plusieurs mois".

Et je le sais très bien, que la distance ne veut rien dire. Qu'elle n'est rien. Puisque je pars moi même, dans les premiers jours de janvier. Je pars apprendre mon métier de professeur, perdue quelques part dans les montagnes dont je ne connais rien, encore. Pour quelques mois, je quitte ma Vieille Grande Ville dont je sais tout, et dont j'ignore encore plus. J'apprendrai la neige, j'apprendrai le froid. Je serrai plus près de certains, plus loin d'autres. Trop loin de Lord. Et juste assez loin de ma famille. J'apprendrai à vivre seul, moi et juste moi, dans une Ville dont je ne sais rien, et dont j'ignore encore plus. Il me tarde. Un peu.

En attendant, le temps passe bien trop vite dans l'appartement blanc. Les jours de vacances défilent, les tasses et petites cuillères s'accumulent et Michael Bublé retrouve sa place. Car il n'y a que lui qui sait chanter juste, au milieu de la nuit, I love you in a place where there is no space or time, I love you for my life because you are a friend of mine, and when my life is over, remember, when we were together, we were alone and I was singing my song for you. Du thé, du café, des chats endormis et le bruit de la ville qui dort. Les nuits d'été ont toujours été les plus belles. 

Posté par Hodei à 16:12 - Commentaires [4] - Permalien [#]


Commentaires sur Lord n'est pas là alors les souris dansent. Et

    je suis curieuse du nom de la ville !

    Posté par mélie-mélie, 13 juillet 2011 à 16:38 | | Répondre
  • Chambéry, à une heure de train de toi

    Posté par hodei, 13 juillet 2011 à 18:48 | | Répondre
  • Oh, j'aime toujours autant venir ici et déguster de nouveaux mots. C'est une petite surprise à chaque fois.

    Comme toujours, je n'ai rien à ajouter ou pas grand chose, j'aime toujours autant ta façon dont tu écris. Tu rends les gens beaux, je trouve. Ils débordent d'humanité. On aurait envie de tous les connaitre tous, de le serrer dans les bras.

    Je te souhaite de douces vacances. Profite du silence de votre appartement.

    Posté par May, 14 juillet 2011 à 12:05 | | Répondre
  • Merci pour tes commentaires May, qui me touchent toujours autant. Et les gens autour, ils sont beaux, j'ai beaucoup de chance

    Posté par hodei, 16 juillet 2011 à 16:54 | | Répondre
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