Nan

11 octobre 2011

Cela fait bien longtemps qu'il n'y a pas eu de mots, ici. Il y en a eu beaucoup d'autres, ailleurs. Mais ici, ce n'est pas pareil. C'est plus juste, le tempo n'est pas le même. Ici, c'est chez moi, depuis des années. C'est caché, c'est secret. C'est très bien comme ça.

Le temps coule beaucoup trop vite, peut être parce qu'il est beaucoup trop joli. Et même si la nuit gagne des minutes chaque matin, même si la terreur réapparait à chaque réveil, la peur de l'obscurité fixée dans la poitrine. Même si je deteste les matins nocturnes d'hiver, j'aime mes journées. J'aime me balader dans les couloirs, ceux bleus du lycée, et ceux jaune de l'université. Pour aller traduire leurs cours à mes élèves. Chimie pour l'une, informatique pour l'autre. Je me prends à aimer entendre parler de molécules, et à comprendre des notions de code. Avec mes bagues de toutes les couleurs, mes chaussures d'adolescente. Mes cheveux qui sont devenus lilas, à cause d'une mauvaise manipulation, et c'est très bien comme ça.

Il a plein de nouvelles habitudes qui naissent, qui éclosent et se développent. Et il n'y a rien de plus doux, de plus rassurant, que de sentir les choses se mettre en place, et se répéter timidement. Le cappuccino énorme de la caféteria de l'université le mardi matin. Quand je ramène I. en voiture, et qu'on parle toutes les deux. Et c'est toujours compliqué, et c'est toujours drôle, parce qu'elle lit sur mes lèvres et que je dois voir les siennes pour bien comprendre sa voix qui est un peu difficile. Et c'est pareil dans les escaliers, et je sais très bien qu'un jour je vais tomber, à force de vouloir trop regarder ses mots plutôt que mes pieds. Mais c'est la vie, et elle est tellement, tellement douce dans ces premiers jours d'automne. 

Les feuilles commencent à jaunir, et à tomber. Et c'est mon premier automne en tant que conductrice, et c'est dur, parce que toutes ses feuilles qui tourbillonnent sont beaucoup trop belles, et que je ne peux pas quitter la route des yeux. Alors je me laisse distraire à d'autres moments, en cours quand le soleil rebondit sur un capot pour arriver jusque dans la fenêtre. I. ne comprends pas toujours quand je décroche, et je dois secouer la tête pour reprendre la phrase prononcée par la professeur "et quand on chauffe, il y a des chocs assez fort pour casser les liaisons". Je me plais à aimer comprendre certaines brides, certains petits recoins de formules de chimie. Je me plais à repenser aux mots de mes professeurs à moi, de ma formation à moi qui commence à janvier. L'un d'eux avait dit "Libre est celui qui a la connaissance", et je prends tous les jours conscience, quand j'en sais un peu plus que la veille, et un peu moins que demain, qu'il avait bien raison.

Il y a des chansons de Jack Johnson qui se mêle bien aux jours encore tièdes d'octobre. Et de chansons qui se laissent chanter très fort sur les trajets. Et même si les jours raccourcissent, même si les jours refroidissent, il y a quelque chose dans cet automne d’inébranlable. Des mots de Prevert, des mots de Verlaine, des rayons de soleil dorés dans des classes de français. Il y a un gout de peut être, de pourquoi pas, des billets de trains à prendre et des bonheurs qui se s'achètent pas.

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13 août 2011

Lord est rentré depuis deux semaines, et tout est à peu près à sa place. La maison de mes parents est vide, alors je la remplie de gens, de rires, de vaisselles n'importe comment, n'importe où. Des sourires de filles allongées au soleil, des bouteilles en verre vides. Il y a eu la soirée déguisée, et il reste encore beaucoup de morceaux de costumes n'importe où, des diadèmes en plastique, des plumes, du maquillage de zombie et du vernis de sorcière. Des taches rouges, des taches noires. Les deuxièmes sont de moi, et de mon costume de Perséphone qui laissait des marques sombres sur tous ceux que je touchais.

Il a des mots doux fait en rouge à lèvre sur le miroir que je n'ose effacer. J'aime cette maison quand elle vide, quand elle est pleine. Quand ceux de ma famille sont loin. J'aime le silence quand je lis allongée sur la terrasse, et que je place quelques miettes sucrées devant moi pour voir le ballet des fourmis. Et, plus tard, prendre Lord par la main et avec la lueur du téléphone, lui montrer comme une gamine "regarde, elles travaillent encore". J'aime lire le dernier livre d’Élisabeth Gilbert, celui qui parle des tradition du mariage, celui qui vient d'une librairie de Chicago même. Et quand elle parle de ses moments à elle, où elle sait qu'elle aime l'homme à ses côtés pour maintenant et pour bien plus, ça résonne. Ca me fait penser à ce moment où on regardait la télévision avec Lord, dans la grande maison. Parce qu'on n'en a pas à l'appartement, et que cela ne nous manque pas. Mais que là, il y avait France5, et ce reportage sur ces jumelles siamoises reliées par la tête, et la série de leurs opérations pendant deux ans. Pour finalement réussir à enfin les séparer, à en faire deux petites fillettes en bonne santé. Et la main de Lord dans la mienne, et mes yeux un peu embués, et son regard en coin et son sourire. Et ses mots sur les parties du cerveau, les veines, tout. Lord a une connaissance infini sur tout, et aime encore plus la partager. C'est pour cela qu'il est professeur, et c'est pour cela que je l'aime encore plus.

Cette après-midi, il y aura de nouveau du monde dans la grande maison. Des sourires et des lunettes de soleil, des serviettes, et l'herbe beaucoup trop haute. Que je ne veux pas couper, parce qu'elle ressemble à un tapis de princesse. Il y aura à manger, et même des plats sans viande spécialement pour moi. Surement du vin blanc de fille, et ceux qui reviendront de Londres demain soir à aller chercher à l'aéroport.

Le vernis s'écaillent sur mes ongles, et mon maillot de bain reste bien trop souvent noué dans ma nuque. Août est là, août est enfin là.

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27 juillet 2011

Il n'y a plus de limites dans les heures de la nuit. Je me couche une heure avant que le soleil se lève, et je me lève bien trop tard. Le reste des heures du jour, j’essaie de voir les visages, tous ceux qui m'ont manqué cette année. Et je n'aurais pas pensé que c'était aussi simple, ces bonheurs là. Rire avec Agathe, allongées sur la couette à fleurs noires, à faire des commentaires sur les films que l'on regarde, quatre en une soirée. Moi qui admire ses longs cheveux roux, elle les têtes de morts qui courent sur mes collants.

Dans le téléphone, Lord râle de savoir que je me couche si tard. Mais il ne sait pas. Il ne connait pas ce que c'est que de chercher des mots, à travers toute les nuits trop courtes. De couvrir de mon écriture brouillonne ce cahier commencé il y a des années.  Et la main dans mes cheveux à nouveau courts, qui passe encore et encore.

Et il me manque. Quand je chante devant les chats, et que les appelle par tous les noms idiots qu'on leur donne. Ceux qui n'ont aucun sens.

Il me manque la nuit dernière, quand je tombe sur les premières photos des victimes de Norvège, qui étaient à peine plus âgées que mes élèves. Et que je pleure, sans pouvoir m'arrêter. Que je ne peux même pas dormir, que je reste là, avec ces larmes qui ne cessent de couler. C'était prévisible, c'était surement nécessaire. Alors je lui écris un mail, pour lui en parler. De ces larmes, et de cette douleur. De ces visages trop jeunes et de moi beaucoup trop sensible. Et ma tête sur l'oreiller, le poing fermé sur les mouchoirs déchirés, je cherche sa présence de l'autre côté.Au matin, j'ai les traits tirés, bien trop mal à la tête, et un début de nausée. Dans l'appartement, l'Ave Maria résonne partout. Ça, et le silence.

Tu reviens dans cinq jours, et c'est bien trop long.

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13 juillet 2011

Lord n'est pas là alors les souris dansent. Et moi avec. En culotte rose sur le lit, je sautille, et dans l'appartement vide je me souviens de pas que mes jambes ne savent pas oublier. Et j'aime Lord, je l'aime depuis des années, cinq en décembre. Mais j'aime chaque été me séparer de lui pendant quelques semaines.

Parce que parfois, j’oublie un peu que je m'aime moi. Moi sans lui. Moi, mes idées, mes projets, mes envies, mes nuits blanches devant des mots qui me touchent. Moi et mes doigts aux ongles noirs-argentés qui ré-apprennent à tenir un stylo. Moi dans un coin du pub aux lumières tamisées, avec mes personnages qui ne demandent qu'à vivre. Moi et mes soupirs, mes ratures, mes cheveux en brouillon et les vies que je créer.

Il y a beaucoup de bijoux qui trainent partout, dans l'appartement vide. Il y a les trois chats qui dorment n'importe comment, emmêlés sur le canapé noir où s'accrochent les poils noirs, blancs, roux. Il a des boucles d'oreilles en formes d'ailes, il y a des projets. Il y a les noyaux de cerises laissés par la jolie Chloé dans un ramequin vert. Un reste de vin blanc dans la porte du frigo, offert par Agathe qui est venue regarder des films l'autre soir, elle, ses boucles rousses et son fondant au chocolat. Il y a les coups de soleil sur l'arrière des jambes, dans le pli des genoux, peau rouge grignotée par le soleil de la plage où on s'est étendues avec Andréa, pendant deux petits jours remplis de sable, de glaces et de mots.

Ce soir, il y aura Sophie à aller chercher à la gare. Pour lui éviter les trajets en bus, pour qu'on s'accorde un verre quelque part, pour raconter tous ces moments des derniers mois. Et avant elle, il y avait eu Partenaire et cette soirée qu'on avait réussit à avoir. Avec ses amis à lui, et les mots partout qui parlaient de voyages d'avant, et de ceux à venir. Mes paroles racontaient la Thaïlande, les Etats Unis, et en échange je recevais celles qui parlaient d'Australie, du Laos, de Pologne. Partenaire partait le lendemain à Londres pour six mois, et j'ai presque réussi à négocier qu'il m'accompagne à Édimbourg, dont je rêve depuis quelques temps déjà. Au retour, je lui ai demandé de me déposer juste devant chez moi. Parce que je ne pouvais pas, pas ce soir là, regarder sa voiture s'éloigner dans l'avenue vide et triste. Il n'y avait pas assez de courage dans ma poitrine, pour lui dire encore une fois "à dans plusieurs mois".

Et je le sais très bien, que la distance ne veut rien dire. Qu'elle n'est rien. Puisque je pars moi même, dans les premiers jours de janvier. Je pars apprendre mon métier de professeur, perdue quelques part dans les montagnes dont je ne connais rien, encore. Pour quelques mois, je quitte ma Vieille Grande Ville dont je sais tout, et dont j'ignore encore plus. J'apprendrai la neige, j'apprendrai le froid. Je serrai plus près de certains, plus loin d'autres. Trop loin de Lord. Et juste assez loin de ma famille. J'apprendrai à vivre seul, moi et juste moi, dans une Ville dont je ne sais rien, et dont j'ignore encore plus. Il me tarde. Un peu.

En attendant, le temps passe bien trop vite dans l'appartement blanc. Les jours de vacances défilent, les tasses et petites cuillères s'accumulent et Michael Bublé retrouve sa place. Car il n'y a que lui qui sait chanter juste, au milieu de la nuit, I love you in a place where there is no space or time, I love you for my life because you are a friend of mine, and when my life is over, remember, when we were together, we were alone and I was singing my song for you. Du thé, du café, des chats endormis et le bruit de la ville qui dort. Les nuits d'été ont toujours été les plus belles. 

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18 juin 2011

Entre tous ces jours sans écrire ici, il y a eu un peu plus de deux semaines aux Etats Unis. Ces sourires incroyables, ces gens chaleureux.

Et un soir, nos rires dans un pub dans un pub qui est devenu notre préféré. Le Ohara, celui juste en face du trou béan où étaient les Twin Towers. Cette espece d'immense cicatrice en s'empilent des grues, des camions, des pelleteuses, et des centaines d'hommes qui travaillent pour en faire un mémorial. Dans les coins, des affiches couvertes des photos de pompiers qui ont laissé leurs vies en essayant d'en sauver d'autre ce jour de 2001. Des chapelets, des fleurs aussi. Extrement émouvant, ce lieu, et ces travaux qui continuent même la nuit. Alors il a fallu des rires, il a fallu des verres dans ce pub en face. Pour faire passer tout ça, pour rendre supportable cette histoire dont j'avais vu chaque image en rentrant du collège, petite troisième en larme devant l'écran. Il a fallu le sourire du barman, et son prénom, Dave, pour faire passer les souvenirs, qui ne sont pas tout à fait les notres et pas tellement plus étranger non plus. Il a fallu revenir dans ce pub encore, discuter, apprendre à faire dire des choses vilaines en français,"va te faiwe foutwe!", rire,  boire du cidre avec beaucoup trop de glaçons comme ils savent si bien faire là bas. Se créer nos propres souvenirs, des jolis, des joyeux. Et comprendre que ce jour de 2001 n'a pas tué New York. La ville est trop belle, la ville est trop forte. Elle s'est relevée petit à petit, et ses habitants ont continué à garder cette affreuse habitude d'être agréables et amicaux, cette affreuse habitude qui rend le départ encore plus difficile, quand la ville n'est plus que quelques petits points lumineux dans le noir.

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24 avril 2011

Il y a des nouvelles habitudes. Comme celle qui est de ressentir de la mélancolie quand je vois Partenaire. Qui maintenant habite dans la capitale. On parle de nos danses, de nos cours où s'enchainaient les passes, les pas, les mouvements de pieds, ses hésitations et mes rires. Des personnes qu'on côtoyait. C'est brulant et glacial à la fois, tous ces souvenirs qu'on évoque. Il reste toujours l'amertume sur la langue, dans la gorge. Le goût des choses passés et qui ne reviendront plus jamais. Alors on en rit. Devant un verre ou deux. Entre nos mots qui racontent nos nouvelles histoires.

Comme l'autre soir, où on a essayé de redanser un peu. Et même si nos enchainements étaient poussiéreux, tout revenait vite. Sa main sur mon épaule et mes doigts qui agrippent toujours un peu fort les siens, quand il y a trop de tours à la suite. Nos danses me ramènent toujours à avant. 2007, 2008 ou 2009. Dans sa petite voiture quand il m'annonçait qu'il partait un an en Italie. Sur ma terrasse quand il m'avouait que c'était fini, avec petite blonde. Dans une chambre à Rome, quand je lui avouais cette terrible bêtise qu'a été la fin de 2009, et plus tard près d'un verre, les bêtises de l'année 2010.

Je lui ai décris, cette petite pointe que je ressens, à chaque fois que je passe devant l'immense hôpital. Parce que derrière, quelques rues après, quand on descend la grande avenue et qu'on tourne à droite, c'était notre salle où on s'entrainait le jeudi soir. Et parce que l'association à déménagé ses cours, vers une salle plus adaptée, plus grande, avec du joli parquet. Paraît-il, je n'y ai jamais mis les pieds. Et la pointe au cœur, c'est de savoir que le jeudi soir, derrière cette hôpital, il n'y a plus de musique qui résonne. Ni ça, ni nos rires. Et c'est toujours cette histoire que tout ce temps qui passe ne se rattrape guère, que tout le temps perdu ne se rattrape plus. On a soupiré en concert. Et j'ai repris la parole, et j'ai parlé d'autre choses, vite vite, d'autres mots. Pour décrire le présent, les sentiments, ce nouveau pub pour se poser, avec ce barman londonien qui joue merveilleusement de la guitare. Des films à ne pas voir, et ceux qui font peur. Il m'a parlé de ses soirées à Paris qui sont bien moins drôles que celles en Italie. Puis il m'a montré des photos d'Istanbul, et je l'ai frappé de mon coude, parce que c'était magnifique et que j'étais jalouse.

On en fera d'autres des souvenirs. Des aussi jolis, des moins, des pareils, des différents. Des moments qui vont nous faire pleurer, rire, faire de nouvelles bêtises et d'autres choses plus sérieuses. Des moments qu'on se racontera comme ça, autour d'une table en bois foncé ou avec des mots sur un écran lumineux. On s'en fout du passé qui entrave, qui étouffe, qui enserre au point de ne plus pouvoir respirer. Y'a plus grand, plus beau, plus inconnu devant nous. Et si les fantômes s'amusent encore à nous faire des croches pieds, on trouvera encore bien le moyen de les éviter.

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21 mars 2011

 

Chère moi même, quelque part en 2005.

Tu sais, pour tes dix huit ans, les parents avaient décidé de t'offrir ton inscription au permis de conduire. Ca ne t’avait pas beaucoup enchantée.

En vrai, ça ne t'avait pas plu du tout. Tu te pensais trop jeune. Trop inconsciente. Trop insouciante. Ne t'inquiètes pas, en vrai, tu ne l'auras pas en 2005. Tu l'auras bien plus tard, dans le mois blanc de janvier 2011.

Entre temps, tu le louperas quelques fois. Et tu l'abandonneras encore plus. Plusieurs fois. Pour beaucoup de raisons, bonnes et moins bonnes. Mais tu finiras par l'avoir, parce qu'un jour, tu décideras de croire en toi. Pour de vrai. Ca t’étonne? Moi aussi petite, moi aussi. Mais il y a eu beaucoup de changements depuis les dix huit ans.

Tu en es où de 2005? Les débuts de la fac, deux jours de L.E.A et puis direction celle de droit. Autant te dire tout de suite, tu n'y resteras pas non plus. Ce n'est absolument pas ta voie, le droit, et tu le sais déjà il me semble. Mais il y a A. et D. avec qui tu camouffles tes pleurs de rires entre tes bras. Le café du matin, les mots croisés, et parfois l'un de la bande des six qui oublie le réveil. Et parfois nous tous qui oublions le cours lui même. Je te l'accorde, c'était bien. Ca n'a pas servi à grand chose dans ton cursus professionnel, mais dans le personnel si. Alors c'est important, ce que tu fais là. Tu commences à te chercher, c'est l'essentiel. Et puis, il y a A., et tu verras, il comptera. Même aujourd'hui. Même toujours.

Ca ne sera pas le cas de tout le monde, malheureusement. J'aimerais t'épargner beaucoup de choses de ce que tu vas vivre, et pourtant jamais je ne changerais la moindre seconde. Ce qui est douloureux, ce qui va te blesser à en pleurer, à t'en étouffer de sanglots, ça te servira. Ca sera ton expérience, ça sera tes propres pas. Ca fera mal et ça sera comme ça. Mais tu te relèveras, toujours. Alors au revoir D., au revoir C. Au revoir ceux qui ont comptés. Peut être que tu t'attaches aux mauvaises personnes, peut être Petite que tu leur en demande trop. Et comme tu te doutes déjà, c'est à cause de l'amour que tu les perdras. Même les très proches. Même ceux que tu ne connais pas encore, ceux qui vont arriver l'année d'après mais qui maintenant ne voit pas plus loin que le bout de leur nez. C'est nul?

Pas du tout. Tu ne sais pas encore, mais les déceptions, tu y survivras. Et il y aura énormément de belles rencontres entre temps. Même si à vingt trois ans, tes sentiments n'ont pas changé, que tu as l'impression que tout est amplifié, augmenté. Tu n'as toujours pas trouvé ton modulateur, minimum et très souvent maximum. Tu ris toujours pour la couleur du ciel qui change le matin, et tu tombes amoureuse tous les jours. Du sourire d'un jeune garçon, d'une sculpture sur le recoin d'un mur, de tes lacets bleus lagon. Comment ça, tu n'es pas encore adulte?

Mais bien sur que si. C'est la réponse à la question que tu te poses depuis des années, depuis toute petite, mais comment on fait pour être adulte sans tuer cette partie de toi qui n'entre pas dans les cases? Et bien, tu ne l'as pas tuée du tout. Au contraire, tu l'as apprivoisée. Et tant pis pour les cases, elles ont toujours étaient bien trop laides. Tu as porté à peu près toutes les couleurs sur tes cheveux. Rouge. Brun. Blond. Rose. Tu as des piercing, le dernier a quelques mois et c'est déjà trop long sans en avoir un autre. Tu as des tatouages, et tellement de projets d'autres. Tu es végétarienne depuis peu, et ça te plait, énormément. Tu as des housses de sièges noires et roses à ta voiture. Et avec tout ça, tu es professeur.

Tu as encore beaucoup à apprendre, même maintenant. Tu ne sais toujours pas dire aux gens quand ils te blessent, et tu accumules, tu accumules. Jusqu'au jour où c'est trop, et tu coupes les ponts. Tu t'enfermes dans ton silence en attendant que cela fasse moins souffrir. Et ça, en 2005 comme en 2011, ce n'est pas la bonne solution. Parce que les gens ne comprennent pas toujours quand ils agissent mal. Tu as encore des pas à faire. Tu y arriveras, je n'en doute pas.

Peut être parce qu'il y a Lord derrière toi, qui t'aide à te comprendre. Tu ne le connais pas encore, et c'est bien dommage. C'est même tellement triste qu'en 2005, tu ne fasses pas (encore) partie de sa vie et lui de la tienne. Parce que l'amour, ce n'est pas forcement les conflits, les disputes, les pleurs, les réconciliations. Ce n'est pas cette bague à ta main gauche, celle qui ne veut tellement rien dire. C'est avec Lord aussi que tu le comprendras. Avec vos rires. Vos cartes illimitées de cinéma. Vos bêtises. Vos chats. Votre langue qui mélange les deux vôtres. L’amour, c’est plus doux.

En 2011 tes cheveux seront blonds et il y aura une fleur sur ta nuque, de l'acier dans ton arcade, un amoureux à ton bras et des amis un peu partout à travers la France et le monde.

N'aie pas peur, tout ira bien.

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06 mars 2011

Des morceaux de printemps s'invitent un peu partout. Comme chaque année, je cueille des branches de mimosa pour les offrir à ma mère. J'ai laissé mon écharpe dans le coffre, et je me balade cou nu un peu partout. Je me suis offerte une nouvelle coupe de cheveux pour mon permis. Et avant d'ouvrir ma petite enveloppe qui disait que oui, ça y est, tu vois, tu as réussi, j'étais sur la chaise de la coiffeuse à dire "coupez tout s'il vous plait".

On se fait des soirées remplies de films d'horreur avec Lord. Du coup, je tressaille, je sursaute, je cris, je me cache les yeux derrière tous mes doigts. Lui, imperturbable, me regarde du coin de l'oeil et ricane quand je hurle. En échange, on a rempli presque toute une semaine de film d'animation. Sous la couette rouge et rose, on se comportait comme des gamins. Nous, les trois chats, les pizzas livrées, la pluie qui griffait les fenêtre du sixième étage.

Il m'a piqué une habitude et fronce les sourcils en tendant les bras en arrière, poings fermés, quand il veut quelque chose que je lui refuse. Je continue à lui dire que ce n'est pas vrai, moi, quand je boude, je croise les bras. Depuis que je peux conduire, il m'accompagne bien plus à mes soirées. Ils rencontrent mes Charmantes, et elles ne cessent de lui parler de son soi disant flegme britannique. On sourit beaucoup plus tous les deux, à cause du soleil et des minutes de jours en plus. De la cuisine, j'entends souvent "I Love you". Et ma réponse souvent, dans la baignoire blanche et constellée de taches de peinture, est toujours la même. "Love you more!".

J'ai retrouvé mes élèves après quinze jours de vacances. Il y eu des centimètres en plus, une oreille percée, une mauvaise note en dictée, mais une bonne en maths. Il y a eu le renvoie du collège de l'amoureux, alors tu sais "La vie, c'est dure!". Il y a eu Thalès et Pythagore que j'avais oublié mais qui sont vite revenus dans ma tête parce que quand même le carré de la longueur de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés. En dictée, il y eu le renard qui disait au Petit Prince que "nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde". Et quand même, il existait hein le Petit Prince? Et je répondais que non, mais en fait si, mais en fait c'est comme tu veux. Et même si c'est inventé, c'est pareil, il existe quand même. Il y a eu tout ça, des mots, des sourires, des retour. Ils m'ont manqué.

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22 janvier 2011

En ce moment, avec Lord, on est amoureux. On l'est toujours, mais parfois certains jours beaucoup plus fort que d'autres. Le matin, il y a mes doigts dans ses cheveux, alors que je l'embrasse quand je pars alors que lui dort encore. Son odeur que je garde encore avec moi quand j'attends le bus, dans l'air qui est encore très froid. Il me connait bien plus que moi. Quand je lui ai fait ma tirade que voila, que enfin, que je sais pas trop tu sais, mais je pense que cette année, je vais arrêter petit à petit de manger de la viande, parce que ça me ne plait pas, parce que je ne veux plus. Et bien, quand je lui ai fais cette tirade là, il m'a juste dit que te connaissant, je me demandais pourquoi tu n'avais pas fait ce choix plus tôt.

Dans le dernier Galvada dont je corne les pages, l'héroïne écrit sur des pages et des pages les choses qu'elle aimerait faire avec celui qu'elle aime. De la routine aux choses extraordinaires, des choses qu'ils ne pourront pas faire car il est marié. J'ai réfléchi et j'ai fais ma liste des choses que l'on fait déjà nous deux, qu'il fait lui, et que j'aime bien plus que nécessaire.

J'aime qu'il écoute des chansons qui ne datent pas de ce siècle, j'aime qu'il soit anglais et qu'il me murmure toutes ces choses dans sa langue maternelle, j'aime qu'on parle un mélange de nos deux langues et que cela sonne tellement emmêlé, j'aime qu'on ne puisse pas dormir ensemble mais qu'on puisse encore moins dormir séparés, j'aime qu'il me rejoigne dans cette salle de bain que j'ai si mal repeinte et qu'il danse n'importe comment pour me faire rire alors que je suis dans mon bain, j'aime quand il me prends dans ses bras sans raison pour me serrer trop fort, j'aime qu'il soit dans ma vie mais qu'il ne soit pas ma vie, et l'inverse, j'aime son indépendance, son cynisme, son intelligence, j'aime qu'à chaque fois qu'on approche de sa résidence il se mette à marcher vite en disant "vite vite les zombies!", j'aime qu'il adore ses films de zombies alors que bon, j'aime qu'il m'apprenne des choses, j'aime qu'on regarde nos films ou nos séries en VO-sous-titré-anglais, j'aime qu'il traduise un mot sans me regarder quand il sent que je me perds, j'aime quand il me supporte quand je rentre un peu ivre de soirée, j'aime que dans les pubs le serveur se trompe toujours en me tendant la tasse de café à moi et la pinte de cidre à lui "c'est l'inverse monsieur", j'aime qu'il commande nos boisson en anglais, ou même en allemand la dernière fois, j'aime ses yeux verts et ses mains fines, j'aime qu'il aime peu de gens alors que j'en aime trop, j'aime qu'il m'aime moi plus, j'aime qu'on danse sur des chansons douces dans ce salon qui n'est jamais rangé, j'aime qu'on s'en foute du ménage lui et moi, j'aime qu'il continue à me trouver étrange même après quatre ans, j'aime qu'il soit un descendant de Isambard Kingdom Brunel l'architecte-qui-a-construit-le-Clifton-Suspension-Bridge à Bristol, j'aime qu'il m'ait appris l'existence de ce pont, j'aime qu'il sache des choses, tellement de choses, j'aime que la première fois nous ayons passé neuf heures au téléphone pour parler de tout et de rien, j'aime qu'il veuille me montrer Londres, Bristol, La Cornouailles, j'aime qu'il se laisse pousser la barbe et qu'il porte des vestons, j'aime qu'il n'est jamais froid et moi beaucoup trop, j'aime qu'on s'insulte en anglais et qu'on croise une vieille dame anglophone qui fronce les sourcils, j'aime qu'il me laisse aller dans des soirées sans lui car voila lui il préfère rester seul, j'aime nos moments qu'on passe séparés et encore plus ceux qu'on passe ensemble, j'aime qu'il sache tout sur les guerres, les armes, les conflits, les dates historiques, alors que moi je lui apprends les anecdotes de la mythologie grecque, j'aime qu'on soit différent, j'aime qu'on soit similaire. Je l'aime lui, je nous aime nous. Tous les jours un peu plus.


Edit : Parce que.

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